Idiolecte, ça me va. Mais j'aime vraiment beaucoup Deixis. Mais j'aime aussi Idiolecte.
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J'avais tout plein de bonnes intentions quand j'ai appliqué pour cet emploi-là. Une job à temps plein, à 12 piastres de l'heure, pour une fille qui tarde à terminer son (*&?$#*) de DEC, c'est salement bon. J'ai quand même abusé du crédit depuis six ans, je voyais l'occasion rêvée d'enfin "clairer" mes dettes, et peut-être même mettre de l'argent de côté pour un voyage ou deux. Le problème se trouve pas dans l'intention, non.
Le problème, c'est la volonté.
J'en manque. Mais là attention: je manque de volonté pour conserver un emploi qui me stresse tellement que j'en fais des cauchemards. Je manque de volonté pour conserver un emploi qui me donne l'impression de bullshitter mes clients à fond le caisson, la pédale dans le prélart, en excès de vitesse. Je manque de volonté pour me présenter à cet emploi, l'estomac en boule, les mains qui shakent, la sueur froide au dos, les yeux exhorbités de peur. J'en suis physiquement malade.
Et là vient la réflexion de ma mère: "T'es comme ça parce que t'as arrêté tes médicaments. Rappelle le médecin, qui elle te rappelle pas quand tu l'appelles, veux-tu que moi je l'appelle, tu vas voir qu'elle va te rappeler, appelle, ok?"
Et là vient la réflexion de ma grand-mère: "Si tu prenais tes médicaments, oui je sais t'en as plus, mais si tu les prenais, tu serais capable d'aller travailler, de dormir, de relaxer, de pas penser à ton travail le jour, la nuit, entre les deux."
Et là vient ma réflexion: "Si je prends des médicaments, est-ce que ça va atténuer l'impression que j'ai de bullshitter grave les clients, est-ce que ça va atténuer la peur maladive que j'ai de faire du outbound dans trois semaines, est-ce que ça va atténuer les cauchemards, mes réveils 3 heures du matin en train de capoter parce que je dois faire un libre30 à un client dans une clinique médicale?"
Et la réponse est....
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J'ai reçu ma réponse la semaine dernière. En fait j'ai fait une demande d'admission en design d'intérieur au Cégep du Vieux-Montréal au premier tour: refusée. J'ai fait une demande d'admission en design d'intérieur au Cégep Marie-Victorin au deuxième tour: refusée. J'viens de faire une demande d'admission en design d'intérieur au Cégep à Trois-Rivières au troisième tour. Je me demande si je vais être encore refusée pour manque de place, comme les deux premières fois.
Eddie a une théorie (en fait, c'est une conviction) selon laquelle Dieu (ou Jéhovah, hein, c'est selon) ne referme jamais une porte sans en ouvrir une autre.
Est-ce que d'être refusée deux fois dans le même programme dans deux Cégeps différents dans la même ville représente la porte de Montréal qui se referme dans ma face, parce que y'a pas de place pour moi là-bas? J'veux dire, avec toutes les tentatives que j'ai fait... Eddie pense que c'est seulement un manque de planning. Il pense que si je planifie bien mon départ, mon séjour là-bas, autant émotionnellement que psychologiquement, que financièrement (lire: me trouver une job là-bas avant de partir, m'entourer de gens qui tiennent à moi, prendre mes médicaments, me garder une marge d'erreur...), je vais réussir... J'sais pas trop quoi en penser. Au fond de moi, je sais qu'il a raison, et que chaque fois que je suis partie c'était sur un coup de tête, avec rien en poche, et sans savoir ce que j'allais y faire...
Il me recommande de prier, et de garder l'esprit ouver pour les réponses à mes questions. J'y crois, seulement pour moi, c'est effectivement difficile de garder l'esprit ouvert. Alors je me fabrique des réponses à mes questions, réponses que je crois basées sur la raison mais qui finalement ne sont que des impulsions auxquelles je tente de donner un sens.
D'ailleurs, est-ce que le fait d'être refusée dans un programme à deux reprises veut dire que ce programme n'est pas pour moi? Est-ce que ça veut dire que je devrais plutôt terminer mon DEC en commercialisation de la mode, en prenant moins de cours, en prenant mes médicaments, en gardant en tête que ce n'est qu'un an, une putain d'année, douze putains de mois... avant d'obtenir un DEC et d'enfin avoir un papier pour réussir à me faire une place dans la vie? Parce que c'est ce que je crois. Sans ce putain de papier, je ne suis personne. Je n'existe pas, je suis condamnée à avoir des "dead-end jobs", à servir des gens dans une boutique minable, à servir des cafés dans un restaurant minable, à répondre au téléphone dans un centre d'appel minable, and so on. Mais avec ce putain de papier, je ne suis pas quelqu'un pour autant. Je ne suis qu'une technicienne en commercialisation de la mode, avec un futur moins que brillant, et des perspectives d'avenir moins qu'intéressantes.
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Je ne veux pas être ici. J'ai de la difficulté à croire que je pourrais demeurer ici, chez maman, et terminer mon DEC, et travailler pas trop loin, à un emploi pas trop chiant, l'idéal serait une boutique, quelque chose de tranquille, comme Ville et Campagne, un endroit ou ils vendent des vêtements que je porte, des trucs beaux, des trucs intéressants, que je connais, que je me sens à l'aise de recommander.
Mais je ne me sens pas adéquate pour travailler dans les boutiques ou j'achète mes vêtements, parce que je suis encore trop grosse, et pas nécessairement jolie... Ce qui me ramène aux dead-end jobs. Et non, Eddie, ce n'est pas qu'une question de confiance en soi, faut être réaliste, dans le milieu on n'engage que de jolies filles. Je sais que je ne fais pas pleurer les enfants, mais je ne vends pas non plus l'image d'un style de vie qu'on associe aux vêtements de ces boutiques.
Et si j'habitais Sherbrooke, pour ma dernière année de Cégep. Est-ce que je serais capable de payer un loyer, des comptes, mes dettes urgentes, et mes droits de scolarité? En chambre, peut-être... Quoi faire? Après tout, c'est vrai que c'est seulement un an...